Accueil Date de création : 29/08/07 Dernière mise à jour : 21/03/10 10:04 / 579 articles publiés
 

Littérature ovale

Meutres en Ovalie  (Littérature ovale) posté le dimanche 25 octobre 2009 13:57

Si le rugby se prête bien à l'évocation nostalgique, il n'est pas vraiment une source d'inspiration pour les romanciers. Les quelques ceux qui ont pris l'ovalie comme toile de fond de leur roman ne sont pas nombreux. Et encore moins les écrivains de polars.

A notre connaissance, un seul roman "policier" traitait du rugby jusqu'il y a peu : Du bruit sous le silence, de Pascal Dessaint paru en 1999 aux éditions Rivage/noir.

L'intrigue se déroule à Toulouse, et il y est question de l'assassinat du demi de mêlée de l'équipe locale, rebaptisée "Racing club de Toulouse". L'intrigue comme le style du roman répondent parfaitement aux canons du genre. Il y est question de rancunes, de vengeance et de coupables trop évidents, bref, tout ce qui fait le sel de ce genre de production. Les amateurs de rugby peuvent y trouver leur compte, tout comme les mordus de polars.

Sans relativiser les mérites de Pascal Dessaint, on avancera qu'avec Match Aller, paru en août dernier aux éditions Flammarion, Julien Capron nous propose une oeuvre d'une tout autre dimension. Ecrit dans un style remarquable, d'une grande originalité, ce livre nous plonge dans une République imaginaire, quoique très proche de nous, où le rugby jouit d'une notoriété sans égale. Un meutrier en série choisit de semer des cadavres à l'occasion de chacun des matches de l'équipe de Volmeneur, cité côtière qui court vainement après un titre en championnat. On suit, à travers plus de 500 pages, les péripéties de l'enquête menée par un inspecteur dénommé Fénimore Garamande, qui cherche à découvrir l'auteur de meutres dont la mise en scène emprunte à la mythologie Grecque.

L'auteur réussit un bel exercice. De style d'abord, on y insiste. Malgré quelques passages qui pourront déconcerter, tant la plume de Julien Capron peut être riche à l'excès, ce roman brille notamment par ses dialogues, dont certains semblent sortis de l'imagination d'un Audiard qui aurait joué au rugby. Les passages décrivant les matches sont très réussis (mention spéciale aux pages d'ouverture) tout comme ceux qui évoquent l'entrainement.

La réussite de ce livre réside dans le fait que l'intrigue policière ne semble pas plaquée (ce qui aurait été un comble, n'est-ce pas) sur une toile de fond rugbystique. La saison de l'équipe de Volmeneur est, à tous les sens du terme, le fil conducteur, pour ne pas dire le fil d'Ariane de l'enquête.

Ajoutons à cela des personnages dotés d'une épaisseur certaine et une critique intéressante de notre société, et vous obtenez un roman qui se dévore avec bonheur.

Comme son titre le laisse supposer, l'histoire de s'arrête pas au terme des 558 pages. Inutile de vous préciser qu'on guette avec une certaine impatience la sortie de "Match retour"...


Du bruit sous le silence, de Pascal Dessaint

Editions Rivage / Noir, 9€

Match aller, de Julien Capron

Editions Flammarion, 22€

lien permanent

Portraits légendés  (Littérature ovale) posté le samedi 10 octobre 2009 09:54

Richard Escot a décidé de vous livrer une forme de panthéon personnel en images.

Dans son dernier ouvrage, le prolifique (c'est heureux) journaliste et écrivain (c'est dit !) nous donne sa version du traditionnel exercice de la galerie de portraits. Et, comme toujours, c'est une réussite.

Pour parvenir à ce résultat, Richard Escot a puisé dans l'abondante iconographie rugbystique pour en tirer quelques clichés remarquables, pas toujours pris en match. Même si la plupart des photos sont prises sur le pré, certaines d'entre-elles trouvent leur origine dans l'après match mais éclairent tout autant le lecteur sur la personnalité du joueur qu'elles illustrent.

On y voit ainsi un Walter Spanghero ensanglanté et portant les stigmates du combat, dans les vestiaires du XV de France ou le légendaire Collin Meads boire "au coude à coude" avec Jean Gachassin.

A l'heure de la "colorisation" triomphante, Richard Escot a privilégié le noir et blanc, y compris pour illustrer les joueurs les plus proches de nous, comme Fabien Pelous ou Brian O'Driscoll. On sait combien le "noir et blanc" épouse parfaitement  la beauté de ce sport, le transcende presque et illustre la continuité du talent : un Georges Népia, All Black des années 20 et un Joe Rokocoko qui porte la fougère argentée aujourd'hui, partagent la même attitude. Grâce au noir-et-blanc, on voit que rien ne les sépare, à 80 ans d'intervalle.

Ce qui fait également la réussite de ce livre, c'est le choix de Richard Escot de ne pas formater sa plume dans un carquan biographique mais plutôt de légender les clichés selon des chemins de traverses, n'empruntant pas seulement ses propos à l'histoire, mais aussi à l'anecdote. Ainsi, un fait de match, un trait de caractère ou une attitude dans le jeu servent à éclairer le lecteur sur ce qui fait la singularité du joueur.

Pour nous présenter cette galerie des armoires à glace, l'auteur a organisé son ouvrage autour de six catégories, parfaitement subjectives, mais tellement évidentes : les génies, les indestructibles, les stratèges, les marqueurs, les mythiques et les inclassables. On pourra toujours discuter du choix de certains joueurs, et de leur appartenance à l'une ou l'autre de ces catégories.

Mais c'est le propre des Panthéons personnels, n'est-ce pas ?

 

Portraits légendaires du rugby

Edition Tana

45€

lien permanent

De quoi lire à la mi-temps...  (Littérature ovale) posté le mercredi 25 mars 2009 08:42

Depuis l'avénement du professionnalisme, les matches de rugby ont adoptés plusieurs usages jusque là inconnus. Parmi eux, la mi-temps de 10 minutes assortie d'un retour au vestiaire des deux équipes. Terminé le temps des citrons vite mâchonnés sur le terrain par les joueurs réunis en cercle autour de leur entraîneur. Fini le temps où des équipiers vêtus de ciel-et-blanc pouvaient déguster, sur la pelouse, une coupe de champagne à la mi-temps d'une finale de championnat. Aujourd'hui, le huis-clos des vestiaires accueille les encouragements ou les reproches de l'entraîneur et les conciliabules des joueurs en mal de solutions offensives ou d'efficacité défensive.

Evidemment, le spectateur peut dorénavant profiter de ces dix minutes de pause (parfois plus au gré des obligations publicitaires des diffuseurs des rencontres) pour aller soulager une vessie congestionnée ou se rafraîchir au moyen d'un liquide houblonné dont la caractéristique la plus étonnante consiste à perdre toute qualité gustative et olfactive une fois introduite et vendue au sein des enceintes sportives.

Pour ceux que ces deux options ne concernent ou n'intéressent pas, il reste la lecture.

A cet effet, on conseillera l'excellent Temps des citrons, de Michel Embareck.

Pourquoi cet ouvrage plutôt qu'un autre ?

D'abord en raison de son format. Comptant moins de cents pages (pour 2€), il se prête parfaitement au transport dans une poche de blouson (on n'ose dire "de pardessus" tant on sent bien que ce type de vêtement est davantage fait pour transporter un portefeuille ou un étuis à cigares plutôt qu'un livre). De surcroît, les cinq nouvelles qu'il contient sont parfaitement adaptées à un timing de mi-temps.

Ensuite, et surtout, Le temps des citrons traite moins de ce qui se passe sur un terrain de rugby pendant les 80 minutes réglementaires que de ce qui se déroule en dehors. En d'autres termes, ce livre s'intéresse aux "à côtés", à ce qui donne à ce sport ce supplément d'âme qu'on chérit au moins autant que le reste.

Bref, lire Le temps des citrons à la pause d'une partie de rugby serait comme de parcourir un livre de Paul Auster assis sur un banc de Brooklyn.

En cinq nouvelles joliment troussées, Michel Embareck évoque la fameuse mi-temps d'autrefois et ses quartiers d'agrumes (mais attention, pas n'importe lesquels !), le vestiaire, lieux initiatique entre tous, le supporter-commentateur sportif qu'on aimerait croiser au moins une fois dans les gradins et la sous-préfecture dont l'équipe de rugby a épousé l'évolution économique, de l'âge d'or à l'inéluctable déclin. Pour clore cet ouvrage, l'auteur nous propose un délicieux parallèle entre le rugby de France et celui de nos amis Anglais, sous un angle tenant moins du pilier de mêlée que de celui de comptoir.

Même s'il n'échappera pas au reproche récurrent fait aux ouvrages rugbystiques de ne pas suffisamment s'échapper de la veine "nostalgique" de l'ovalie d'autrefois, Le temps des citrons propose une incursion dans un monde qui n'est pas, c'est heureux, totalement révolu et qui parlera sans doute à tous les amateurs de ce sport.

De quoi, en tout cas, patienter avec plaisir en attendant le retour des vestiaires.

 

Le temps des citrons

Editions Folio

2€

lien permanent

C'est court, mais c'est beau !  (Littérature ovale) posté le mercredi 03 décembre 2008 14:01

En littérature, la nouvelle constitue un genre difficile et, à nos yeux, pas toujours reconnu à sa juste valeur. Pour le péquin - forcément - moyen (au nombre desquels l'auteur de ces lignes se compte sans aucune fausse modestie), la nouvelle ressemble assez à un roman qui n'aurait pas le souffle nécessaire pour couvrir la distance d'au moins 200 pages. Alors forcément, on hésite à acheter un ouvrage qui regroupe des histoires troussées en quelques dizaines de lignes, on se dit qu'il vaut mieux garder son argent pour un pavé mieux à même de caler nos appétits de lecture.

C'est profondément injuste, comme s'il suffisait de d'écrire beaucoup pour écrire bien. Sans compter qu'aujourd'hui fleurissent les opus qualifiés de "romans", et dont le volume doit essentiellement à une police de caractères permettant aux presbytes de lire sans chausser leurs lunettes...

Sachez donc qu'aux livres bien nés, la valeur n'attend pas le nombre de pages imprimées.

Et que Short Stories est de cette race.

Il peut revendiquer son appartenance à ces oeuvres qui vous nourrissent, qui vous remuent sans avoir l'air d'y toucher et que vous refermez avec le sentiment d'avoir été, même indistinctement, changé.

La nostalgie est très présente dans Short Stories, à l'instar d'autres livres qui ont pris comme sujet le rugby. Mais, paradoxalement, c'est une nostalgie qui ne serait pas colorée en sépia. Ce livre a les couleurs de la vie et de ses accidents : l'amour, la maladie et la mort en imprègnent les pages. A lire Benoît Jeantet, on ne peut s'empêcher de voir dans le rugby une parabole ovale de l'existence. D'ailleurs les paroles du Haka des All Blacks, symbole puissant de la culture "rugby", ne disent-elles pas "c'est la mort... c'est la vie" ? Ces mots, on les retrouve - cela ne peut être un hasard - dans l'une des nouvelles les plus bouleversantes du livre.

Ne croyez pas pour autant que cet opus soit aussi noir que le maillot des néo-zélandais. Il y est aussi (surtout ?) question de bonheur, du plaisir pris à jouer, à regarder, à parler du rugby. La plume de Benoît Jeantet, mariant joliment un style alerte et une belle inventivité syntaxique vous conduit par le bout du nez dans l'ovalie des petits villages où tout le monde se connaît et dans celle des grandes cités anonymes. On y cotoie le Père  Armengo, curé entraîneur, qui n'est pas sans évoquer le légendaire Abbé Pistre, d'anciennes gloires locales ou internationales, des cafetiers accueillants, des "cailleras" converties à l'ovale, bref tout ce qui fait de notre sport préféré un creuset magnifique, dans lequel puisent avec bonheur quelques talentueux conteurs.

Comme le rappelle Benoît Jeantet, reprenant Antoine Blondin, "le rugby ennoblit les souvenirs". Ce livre en est la parfaite illustration...


Short Stories

Editions Atlantica

16€

lien permanent

Hwyl ! Jour de Gloire par Richard Escot  (Littérature ovale) posté le mercredi 29 octobre 2008 07:55

 

Hwyl, c’est un terme gaélique qui signifie tout à la fois communion, fusion, complicité, enthousiasme et ferveur.

Dans Jour de Gloire, son dernier opus, Richard Escot, bien connu des aficionados d’ovalie littéraire, a choisi de mettre cette exclamation, Hwyl !, en exergue de la série de chapitres détaillant le déroulement de la rencontre France – Nouvelle-Zélande en quart de finale la dernière Coupe du Monde de rugby.

Certains trouveront très « Français » de commémorer des victoires sans lendemain, de préférer célébrer le soleil d’Austerlitz et d'éluder le crépuscule de Waterloo.

C’est peut-être vrai, notamment pour le rugby, qui offre aux supporters Français plusieurs exemples de succès « inutiles » ou d’exploits qui n’auront pas eu les suites espérées : ainsi en est-il des demi-finales des Coupes du Monde 1987 et 1999, ou de l’essai du siècle inscrit contre l’Angleterre lors du Tournoi 1991 mais qui n’a pas empêché la défaite tricolore à Twickenham ni a fortiori le grand Chelem Anglais.

Pour autant, comment ne pas aimer revenir sur ces moments uniques, qui nous ont procuré des instants de bonheur qu’on qualifierait volontiers d’extatique si on n’était pas enclin à un peu de retenue...

Aussi, avouons-le tout net, on a adoré le dernier ouvrage du maître Escot, habile confesseur d’internationaux et parfait connaisseur de l’envers du décor rugbystique. Voyage au bout de l’envers, donc ? Non, c’est bien plutôt à « nous irons tous au Paradis » que nous convie cet opus.

En un peu moins de 220 pages, Richard Escot nous livre une autopsie sans fard, concession (en particulier à l'égard de l'encadrement tricolore) ni naïve béatitude de ce qui restera comme un succès majeur du XV de France, bâti dans la douleur et la haine du renoncement.

On est dans le drame : l’auteur nous invite à une représentation en trois actes et deux mi-temps.

Richard Escot connaît ses classiques. Il sait qu’une tragédie doit respecter les canons du genre : unité de temps, de lieu et d’action. Mais il n’ignore pas non plus que les personnages doivent avoir le relief psychologique suffisant pour que le spectateur puisse éprouver l’empathie qui lui fera vivre le drame et pas seulement y assister. Aussi, ne vous étonnez pas de constater qu’il faille attendre la 96ème page pour aborder les rives de la Rhonda, qui baigne les pieds du monumental Millenium Stadium. Pendant près de la moitié du livre, l’auteur nous transporte de l’Essonne et son Centre National du Rugby, à la Seine-Saint-Denis et son Stade de France, pour nous expliquer les raisons d’un échec, celui du match inaugural de la Coupe du Monde face à l’Argentine, et les causes du succès en quart de finale face aux Blacks. Car tout est lié...Cet échec initial va envoyer les Français à Cardiff pour y affronter l'épouvantail Néo-Zélandais. Il va également profondément marquer psychologiquement les joueurs et les conduire à la révolte.

Une fois le décors planté, Richard Escot nous prend par la main pour nous conduire dans les entrailles du Millénium. Nous prenons place dans le vestiaire chargé d'électricité, avant de pénétrer sur le terrain et d'affronter, "dans le blanc des yeux", le Haka des Blacks. Au passage, l'auteur nous gratifie d'une explication tout à fait éclairante de ce chant rituel.

Puis vient le temps de l'affrontement, du combat sans merci entre les Français qui défendent comme des diables et des Blacks qui, peu à peu, perdent l'essence même de leur rugby. Jusqu'à cette course endiablée de Jean-Baptiste Elissalde, propulsant le ballon dans les tribunes et l'explosion de joie du camps Français.

On est, à la lecture de ces pages, transporté, ému, touché.

Certes, cette victoire fut suivie d'une douloureuse élimination face à l'Angleterre, une semaine plus tard. Mais à l'instar des glorieux précédents de 1987 et 1999, le match de Cardiff postule forcément à une place au panthéon des moments rugbystiques d'exception.

Quant on referme le livre de Richard Escot, on éprouve ce sentiment comme une évidence.


Jour de Gloire

Richard Escot

Editions Phillippe Rey

17€

lien permanent



 

fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à antoine-rugby

Vous devez être connecté pour ajouter antoine-rugby à vos amis

 
Créer un blog